Crédit photo France24

En août 2018, le président vénézuélien Nicolas Maduro a été victime d’une attaque menée simultanément par deux drones. Le premier s’est écrasé sur un bâtiment, le second a pu être dévié avant d’occasionner de réels dégâts avec sa charge d’explosif.

Ce mode d’action terroriste ne constituait pas pour autant une première, car il était préalablement régulièrement utilisé par les combattants de l’Etat islamique notamment en Syrie à l’encontre de bases russes.

Mais l’attentat de Caracas a donné à ce procédé terroriste un retentissement particulier, et l’élimination physique d’un chef d’Etat par ce biais devient une éventualité présente dans l’imaginaire de tout ceux qui projettent ce type d’action.

attentat par drone
Crédit photo BFMTV

Depuis, les exemples d’attaques par drones faisant l’objet d’une médiatisation semblent se multiplier dans un champ d’affrontement plus classique, représentant cependant une source d’inspiration potentielle pour les mouvements terroristes: Le 10 janvier 2019, 6 soldats yéménites ont été tués sur leur base au cours d’une attaque par un binôme de drones; le 14 mai, les opérations sont interrompues sur un oléoduc majeur au sud de l’Arabie Saoudite suite à une attaque de drones ayant visé deux stations de pompage près de Ryad, la capitale; le 26 mai, un drone envoyé par les milices houthies est intercepté à proximité de l’aéroport de Djizan, 70 kilomètres au Nord de la frontière avec le Yémen; le 14 juin, 5 nouveaux drones sont interceptés par l’Arabie Saoudite à proximité de l’aéroport d’Abha, deuxième attaque en deux jours de cette plateforme militaire située à proximité du Yémen; enfin le 23 juin, le bilan d’une attaque similaire s’élève à un tué et de sept blessés, de nouveau sur l’aéroport d’Abha.

Des avions de ligne ont-ils étés attaqués?

Pour l’instant, aucun avion de ligne n’a été touché en phase d’atterrissage ou de décollage, mais cet aéroport accueillant des vols des compagnies ariennes Saudia, Flynas et Flyadeal, ainsi que d’EgyptairNesma Airlines et Nile Air depuis l’Egypte et des low cost Air Arabia et Flydubai depuis Sharjah et Dubaï, une telle éventualité ne peut être exclue.

Une accélération des attaques!

attaques de drones
Crédit photo Humanité.fr

Devant cette accélération d’événements, l’hypothèse d’un attentat d’importance réussi, réalisé au moyen d’un ou de plusieurs drones devient un élément incontournable à prendre en compte dans les dispositifs de sécurité.

Il l’est manifestement lorsqu’il s’agit de protéger les plus hautes autorités, mais qu’en est-il des sites industriels sensibles, des infrastructures aéroportuaires, des événements particuliers réunissant du public, et même des opérations militaires ?

Un contournement des dispositifs de sécurité!

Contournement des dispositifs de sécurité
Crédit photo C-Drone Review

La question doit être posée car le drone, par son utilisation de la troisième dimension contourne les dispositifs de sécurités terrestres, humains et matériels. Il s’affranchi évidemment de tous les murs. Sa capacité vidéo, permet d’observer et de frapper précisément une cible choisie et au moment voulu, dans la limite des capacités techniques de l’appareil, mais avec une élongation permettant dans la plupart des cas de mettre le pilote à l’abri.

Sa taille modeste et son mode de pilotage lui confèrent la furtivité et la rapidité lui faisant bénéficier d’un réel effet de surprise.

Bref, pour un prix dérisoire, il constitue un facteur de nivellement de puissance entres les forces de sécurité des Etats, et les organisations qui pour différentes raisons décident de les affronter.

Comment se protéger des attaques de drones?

attaques de drones
Solution anti-drones MC2 Technologies

Des solutions sont en cours de développement et certaines sont d’ores et déjà opérationnelles. La lutte contre les drones, à l’instar de la lutte contre avions nécessite une capacité de détection, d’identification et de neutralisation.

Les solutions actuelles couvrant les deux premiers domaines connaissent une efficacité relative qui va dépendre de la configuration du terrain à protéger et des caractéristiques du drone attaquant (taille, poids, vitesse et hauteur de vol).

Par contre, les solutions de brouillage directionnel ou omni-directionnel, désolidarisant le drone de sa base émettrice ou de son lien satellitaire existent et permettent de se prémunir de 90% des attaques.

Il est donc techniquement possible de se protéger de ce type de menace avec des solutions technologiques françaises, dont nous maîtrisons la conception et la fabrication.

La société lilloise MC2-Technologie représente actuellement la meilleure réponse pour contrer cette menace par sa capacité de brouillage ciblée et maîtrisée.

L’utilisation de brouilleurs de drones, est-elle autorisée?

L’usage de brouilleurs de drones, pour des raisons légales est réservé en France aux forces régaliennes. Il existe donc un décalage entre la capacité technique opérationnelle qui existe pour se prémunir du risque d’attentat par drones et les ressources humaines disponibles.

En effet, le ministère des armées et le ministère de l’intérieur ne peuvent raisonnablement mobiliser leurs capacités sur la durée pour déployer les dispositifs de sécurités qui seraient pourtant nécessaires pour protéger nos concitoyens dans tous les domaines susceptibles d’être menacés.

Dès lors, deux hypothèses s’ouvrent à nous. La première, celle d’une évolution législative permettant d’étendre l’usage de cette technologie à des compagnies de sécurité privées.

Les attentats terroristes de 2015 ont entraîné une évolution législative de l’usage des armes à feu par des sociétés de gardiennage.

Très encadrée, se réalisant sur décision préfectorale et sous la supervision d’un officier de police judiciaire, cette pratique existe tout de même et contribue, sous le contrôle de l’Etat à accroître l’offre de sécurité dont bénéficient nos concitoyens.

Une telle évolution pourrait être envisagée dans le domaine de la protection contre les drones malveillants, et ce d’autant plus que les brouilleurs, contrairement aux armes à feu, ne sont pas létaux.

La deuxième solution est celle d’un statut quo qui limite l’usage du brouillage à la protection des très hautes personnalités et de quelques sites sensibles.

Cette solution laissera le champs libre aux terroristes pour prendre l’initiative de l’attaque majeure dans l’un des domaines non protégé, industriel, événement rassemblant une large foule et très médiatique, ou transport.

Alors dans cette hypothèse, une attaque terroriste par drones constituera une surprise stratégique, qui laissera le pays dans un état de sidération plus ou moins important en fonction de l’ampleur et de la réussite de l’opération. Il s’en suivra une interdiction des événements publics en plein air, sauf à disposer d’une solution de protection contre les drones.

L’Etat, ne pouvant faire face à toutes les demandes, sera contraint alors de faire évoluer la législation à l’instar de ce qui s’est produit pour l’armement des sociétés de gardiennage après les attentats de 2015.

La perspective des jeux olympiques de 2024 en France et les enjeux associés
permettront, n’en doutons pas, au législateur d’anticiper en adoptant le cadre juridique permettant la meilleure configuration pour se protéger de cette menace émergente. Il épargnera ainsi à notre pays la confrontation à la surprise stratégique.

Article créé par Christophe YSEWYN, Colonel (ER).

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